Hubert Boëns, un personnage hors-norme
(Charleroi, 12 janvier 1825 – Saint-Gilles, 21 décembre 1898)
Jean-Louis De Laet
« Le docteur Boëns, de Charleroi. Ah oui, l’anti-vaccinateur. C’est un peu court » titrait le publiciste Émile Lempereur pour un article qu’il lui consacrait en 1969[1]. Médecin chargé de cours et chef de clinique puis médecin généraliste, auteur de plusieurs ouvrages traitant de l’hygiène dans les milieux de travail, anti-vaccinateur, partisan de la philosophie positive, libre penseur, membre fondateur et dirigeant de la Fédération rationaliste de Charleroi, ami du peuple… voué à la fin de sa vie au « mépris général et à la défiance du peuple », Hubert Boëns est un personnage hors-norme qui mérite d’être mieux connu. Cette notice en révèle quelques facettes.
Une famille carolo de longue souche
Hubert Boëns naît à Charleroi dans une famille carolorégienne de longue souche. Il est le fils de Séraphin Boëns, artisan chaudronnier tout comme son père, établi à la Ville-Basse (rue de Dampremy) et de Marie-Françoise Daubresse, fille d’un cultivateur de Nalinnes. Hubert a une sœur, Virginie, mais leur maman meurt quand ils n’ont que quatre et deux ans. Leur père se remarie avec Rosalie Hubaux[2], fille d’un artisan de Marcinelle, et deux enfants naissent de cette nouvelle union, Jules et Sylvie. En plein boom industriel du pays de Charleroi, l’affaire familiale prospère[3].
Hubert est un élève brillant au Collège communal de Charleroi et, fort en maths, il est à 17 ans lauréat du concours général des écoles moyennes. Il se destine à l’École militaire lorsque son père décède à la suite d’un accident ; aîné de quatre enfants, il décide de rester dans la vie civile. Issu de l’athénée de Tournai, il entre à l’Université catholique de Louvain, où il obtient le grade de candidat en médecine en 1846 et de docteur en sciences naturelles en 1847. Il devient préparateur d’anatomie comparée sous la direction d’Édouard van Beneden, l’un des pionniers de l’embryologie. Lors du mouvement estudiantin « fouriériste » du printemps 1848 à Louvain, Hubert est membre, aux côtés d’Adolphe Demeur et de Léon Wocquier, de la commission étudiante qui réclame plus de liberté et qui remet en question le règlement de l’université.
Renvoyé, Boëns poursuit ses études à l’Université de Liège où il devient, en 1851, docteur en médecine, chirurgie et accouchements. Protégé de Lambert-Materne Lombard, professeur puis recteur de l’université, il est chargé de cours et chef de clinique à l’Institut ophtalmologique du professeur Jules Ansiaux. Lors de l’épidémie de choléra qui sévit de 1848 à 1854, il est également médecin à l’hôpital improvisé des cholériques de l’hospice Saint-Thomas. Il devient un proche de Ferdinand Piercot, bourgmestre libéral de Liège et ministre de l’Intérieur du gouvernement de Brouckère. Grâce à ces deux puissants appuis, il crée la Gazette médicale de Liège et l’Almanach hygiénique pour 1854. Il n’a même pas trente ans et déjà son nom est largement connu. Mais, en 1855, la mort inopinée de Lombard, ainsi que la chute du gouvernement libéral, le laisse seul aux prises avec les adversaires de son maître. Il s’en retourne alors dans sa ville natale exercer son métier.
Un beau mariage
En 1859, Hubert épouse Fanelly Boissau, fille de François Boissau, successivement maître-mineur à la Compagnie des Mines d’Anzin, sous-directeur puis directeur des Mines de Marly à Saint-Saulve, toujours dans le Valenciennois, et enfin directeur-gérant de 1847 à 1861 du Charbonnage du Poirier à Montignies-sur-Sambre, dont une partie des actionnaires sont français. C’est un beau mariage d’autant que le décès du frère de Fanelly, en 1869, fait d’elle l’unique héritière de son père. Le couple aura trois enfants, Paul, Théaud, mort à l’âge de quatre ans, et Marguerite. Sans doute par l’intercession de son beau-père, Hubert devient médecin attaché aux Charbonnages réunis de Charleroi. En 1861, il se domicilie en ville, quai de Brabant[4]. Il publie l’année suivante à Bruxelles un Traité pratique des maladies, des accidents et des difformités des houilleurs de 186 pages.
Contre le travail des femmes et des enfants
Son traité pratique lui ouvre les portes de l’Académie royale de Médecine, dont il devient membre correspondant. Il va peu à peu se différencier d’autres médecins qui mettent plutôt en évidence les progrès d’hygiène réalisés dans le travail de la mine. Lui, il est prudent sur l’inhalation des poussières et franchement sévère sur le travail des femmes et des enfants. En 1864, il prononce un discours à propos de ses observations sur les lésions pulmonaires dues à l’inhalation des poussières de charbon. Cela lui vaut d’inspirer l’article « poussier » dans le Grand dictionnaire universel du XIXᵉ siècle de Pierre Larousse.
Le 22 février 1867, l’Académie constitue une commission chargée de rassembler les éléments pour étayer une proposition relative à l’admission des femmes et des enfants dans les mines. Le rapport rédigé par Hyacinthe Kuborn, médecin à Seraing, est favorable à une réglementation. Hubert Boëns participe à l’examen dudit rapport et, lors des communications présentées les 23 décembre 1868 et 13 janvier 1869, il se rallie à ces conclusions. Mais il rejette toute contrainte de la loi, car il estime que les patrons charbonniers prendront eux-mêmes les mesures nécessaires.
La publication du rapport Kuborn déclenche la colère des associations charbonnières, qui réclament à cor et à cri une contre-enquête. Hubert Boëns s’en étonne, car il ne s’attendait pas à entendre un seul directeur, un seul médecin prétendre que ce travail ne fut pas un fait regrettable. Des pressions sont exercées sur le corps médical, prétend-il. Souvent, dans les communes minières, le médecin est attaché au service du charbonnage qui prend en charge les honoraires résultant des consultations de leurs ouvriers. Impressionné par le nombre d’instructions et de condamnations judiciaires contre des mineurs, pour des actes contraires aux bonnes mœurs, Boëns se ralliera, devant l’ampleur du mal, à l’idée de contrainte législative. S’étant mis à dos les patrons charbonniers, il renouvelle sa patientèle en tant que médecin des Chemins de fer de l’État (la gare de Charleroi-Sud, sur l’autre rive de la Sambre canalisée, est en face de son cabinet) et en tant que médecin principal de la prison de Charleroi, quai de Flandre.
Anti-vaccinateur
Dans ses recherches scientifiques, Hubert Boëns conserve une prédilection pour l’hygiène publique, l’épidémiologie, la médecine du travail et la gynécologie. Il s’attèle aussi à l’écriture d’un Traité général d’hygiène : L’art de vivre, publié à Charleroi en 1878, réédité à Verviers en 1880, et une nouvelle fois en 1885. Mais c’est surtout comme adversaire acharné de la vaccination que Boëns se fait remarquer au sein de l’Académie de Médecine. Il se déclare contre l’inoculation de la pleuropneumonie bovine de Louis Willems, qu’il traite de mystificateur en pleine séance en 1866. Il devient ainsi un ennemi tenace des théories de Louis Pasteur et de Robert Koch. Dans un contexte marqué par l’essor de la bactériologie, de la médecine expérimentale et par une volonté croissante de fonder la médecine sur des bases scientifiques rigoureuses, il publie en 1878 un premier pamphlet Plus de vaccin, plus de vaccine. Dans ce texte, « il se présente comme « libre penseur » et partisan de Darwin, hostile à toutes les formes de cléricature : érigeant Pasteur en chef d’une nouvelle religion, il dénonce ainsi, dans un registre promis à un long avenir, le « catéchisme vaccinal » et critique le mouvement qui pousse les élites politiques et médiatiques à ne pas s’interroger sur cette nouvelle doxa vaccinale. Selon lui, rien ne prouve la réelle efficacité de la vaccination et tous ceux qui cherchent à l’imposer jouent sur les peurs et les croyances des populations »[5].
Président des antivax
Le 25 octobre 1879, Boëns met sur pied la Ligue internationale des anti-vaccinateurs qui, par des congrès à Paris, à Cologne ou à Berne, va harceler l’opinion publique au moyen de conférences, de discussions et de délégations officielles qui font reculer certains gouvernements. Pour le docteur Vergauwen, dans la revue Le Médecin, « président de la Ligue universelle des Anti-vaccinateurs » était « le titre qu’il affectionnait le plus […]. On ne peut pas partager toutes les idées du Dr Boëns. Nous avons cependant la certitude que le corps médical tout entier rend hommage à la loyauté et à la sincérité de ses convictions. Nous n’insisterons pas sur le brio, la spontanéité, la science qu’il mettait à les défendre contre l’immense majorité, hélas ! de ses adversaires »[6]. Hubert Boëns est un propagandiste infatigable : « Jusqu’à sa mort, il se lèvera à 5 ou 6 heures du matin, pour s’occuper de ses travaux scientifiques, écrire des chroniques qu’il adresse à de nombreux journaux […], corriger les épreuves de ses livres et brochures, préparer ses conférences, recevoir sa clientèle (de sept heures à midi), répondre à des lettres qui lui sont envoyées de nombreux pays étrangers »[7]. D’autant que l’homme s’est également engagé sur les plans philosophique et politique.
Un rationaliste
Après que ses préoccupations sociales l’entraînent à accepter le secrétariat de la Société de Saint-Vincent de Paul de Charleroi, Hubert Boëns entre à l’Association libérale de l’arrondissement où, avec quelques jeunes avocats, il s’oppose aux députés doctrinaires (conservateurs). Ces nouveaux libéraux lancent le 15 mars 1869 un journal, Le Progrès de Charleroi, voulant l’indépendance du pouvoir civil, l’extension du droit de suffrage, l’amélioration du sort des classes laborieuses et l’instruction obligatoire.
Mais le véritable tournant dans son engagement politique est la découverte de la philosophie positive à travers des études sur la folie, la mort et la découverte du subconscient. Il s’oppose publiquement au clergé populaire à propos de Louise Lateau, dite la stigmatisée de Bois d’Haine, « comédie » sur laquelle il n’écrit pas moins de trois brochures en 1875 et 1876, refusant toute interprétation mystique. Les années suivantes, il travaille à la réalisation de quatre œuvres philosophiques qui montrent la dimension de son engagement positiviste : Le catéchisme du rationaliste en 1877 sous le pseudonyme de L. Del ’Sambre et A. de Virton – cette brochure, destinée à toucher un public vaste et peu cultivé, emprunte son plan et jusqu’à sa présentation matérielle au catéchisme catholique – ; « La physiologie et la psychologie » publiée dans la revue La philosophie positive de Littré et Wyrouboff ; La science et la philosophie ou nouvelle classification des sciences en 1879 ; et La morale : origine du sentiment moral en 1880.
Ami d’Émile Littré, libre penseur et médecin comme lui, Hubert Boëns refuse tout autant de suivre Auguste Comte dans la partie politique et mystique de son système et reste purement positiviste. Pour Boëns, le seul élément de fixité dans l’anarchie universelle est la science, celle qui se tient aux faits et rejette tout ce qui la dépasse. Le triomphe de l’esprit positif sur l’état métaphysique et théologique amènera la constitution de la science suprême, celle des phénomènes sociaux, la « physique sociale ».
Un libre penseur
Président-fondateur de la Société des rationalistes de Lodelinsart, société-mère de la Fédération rationaliste du bassin de Charleroi, créée en juillet 1875, Hubert Boëns y côtoie deux hommes qui joueront un rôle capital dans la formation du mouvement socialiste régional : l’ouvrier, ancien internationaliste, Albert Delwarte et le journaliste Jules Bufquin des Essarts. Il correspond, depuis 1876, avec César De Paepe, militant de la libre pensée, qui est très actif dans les mouvements précurseurs du Parti ouvrier belge fondé en 1885, ancêtre du Parti socialiste. Les 28 et 29 mars 1880, Boëns participe au Congrès international de libre pensée de Bruxelles. Pour lui, la libre pensée embrasse dans son domaine toutes les sciences sociales, sans exception et sans exclusion ; la politique n’est pas son but, c’est l’un des moyens par lesquels elle tend à constituer la société sur des bases rationnelles.
Toujours membre de l’Association libérale, Boëns s’oppose en 1879 au projet de réforme sur l’enseignement primaire du gouvernement libéral doctrinaire de Frère Orban, trop modéré, préférant défendre les principes d’un enseignement laïc, gratuit et obligatoire. Il publie dans la revue La philosophie positive, un article intitulé L’enseignement primaire en Belgique.
Président de la Ligue progressiste
Au moment où aucune organisation ouvrière ou progressiste n’existe au pays de Charleroi, Boëns forme alors le vœu de voir les démocrates se rassembler. Le 9 novembre 1879, 245 libres penseurs et anciens internationalistes créent la Ligue progressiste, doublure de la Fédération rationaliste, dont l’Émancipation de Charleroi est la nouvelle société-mère. Le président est Boëns et le secrétaire, Delwarte. Mais assez rapidement, à la nouvelle appellation, il préfère conserver celle, plus restrictive, de Fédération rationaliste pour bien souligner que la Ligue n’est pas un parti, mais un groupe de pression voulant agir sur l’orientation du Parti libéral. Le programme de la Ligue comprend l’enseignement laïc, gratuit et obligatoire, la réforme des caisses de prévoyance pour ouvriers mineurs, la suppression du livret d’ouvrier et le suffrage universel pur et simple. Hubert Boëns est l’un des premiers à vouloir étendre le suffrage universel aux femmes.
Boëns mène une campagne ardente, de commune en commune, relayée par le Journal de Charleroi dont Bufquin des Essarts est rédacteur en chef en 1878 et directeur en 1880. La Ligue soutient la proposition de réforme électorale de Paul Janson qu’elle accueille à Charleroi. Elle se transforme en 1881 en Comité central des ligues communales ou Fédération pour la réforme électorale. Boëns en est encore le président, mais il abandonne celles de l’Émancipation et de la Fédération rationaliste à Bufquin des Essarts. Mais les relations entre les deux hommes vont bientôt se détériorer.
De L’Ami du Peuple…
Imperturbable malgré le décès de son fils Paul, âgé de 22 ans, Hubert Boëns collabore à partir de 1882 à L’Ami du Peuple, revue populaire hebdomadaire, créée à Gilly en 1881, auquel il donne une nouvelle vie. Il se réclame alors du socialisme rationnel, positiviste et progressif, qu’il oppose au socialisme anarchique et révolutionnaire. Pour lui, l’antagonisme entre le travail et le capital n’existe pas, car il n’est plus possible en sociologie de séparer ces deux notions puisque, dans la vie sociale, tous les groupes se confondent et s’amalgament si intimement. La société est un organisme unique et vivant : de la défaite de l’un ne peut sortir le bonheur de l’autre.
… à l’ennemi de classe
Pour Boëns, les émeutes ouvrières des 26, 27 et 28 mars 1886, qui font 21 victimes au pays de Charleroi, sont les conséquences néfastes de la doctrine révolutionnaire de la lutte des classes. En revanche, pour Bufquin des Essarts et le jeune avocat Jules Destrée, la répression judiciaire, qui suit ces journées tragiques, montre le vrai visage de cette société hypocrite. Reprenant les affirmations des autorités, Boëns accuse, dans sa revue L’Ami du Peuple, Oscar Falleur et Albert Delwarte, président et secrétaire du syndicat l’Union verrière, d’être les instigateurs de l’incendie du château et de la verrerie d’Eugène Baudoux à Jumet, mais «… dont les vrais inspirateurs sont Jules Destrée et Jules des Essarts ». Falleur et son second, Xavier Schmidt, sont condamnés à 20 ans de prison. La rupture entre Boëns et ses anciens amis est consommée.
L’émotion populaire reste vive et, deux ans plus tard, en juin 1888, les deux condamnés rentrent dans leur foyer à la faveur de la loi sur la libération conditionnelle du ministre de la Justice de l’époque, Jules Lejeune, à condition qu’ils n’exercent plus d’activités syndicales ou politiques. Médecin de Schmidt, Boëns voit sur la table de nuit une lettre évoquant une prochaine réunion « secrète » avec des ouvriers liégeois, ce qu’il dénonce aussitôt dans sa revue dont il aurait envoyé un exemplaire au ministre Lejeune. Falleur et Schmidt se voient signifier l’exil un mois et demi après leur libération ! En octobre 1888, la Fédération des Ligues ouvrières du bassin de Charleroi, dirigée par Delwarte, le voue au « mépris général et à la défiance du peuple ». Deux mois plus tard, il est exclu de la Fédération rationaliste par des Essarts. En septembre 1889, lors du congrès de Paris de la Ligue universelle des anti-vaccinateurs, il est à deux doigts d’en perdre la présidence.
Toujours libéral
Fidèle à sa ligne politique libérale, Boëns participe le 22 septembre 1887 à la création du Cercle libéral de Charleroi qui groupe les libéraux progressistes autour de Léopold Fagnart, député libéral de 1890 à 1892 et démocrate-socialiste de 1894 à 1899, ainsi que d’Edmond Bogaert, un des avocats de la défense lors du procès du « Grand complot » aux Assises de Mons en 1889. Il participe la même année à la fondation de la Rénovation, la société des libres penseurs de Marcinelle. Mais, marquées par l’opprobre presque générale, les dernières années de Boëns ne sont pas gaies et il est l’objet de plusieurs camouflets en pleine rue à Charleroi.
Sa fille Marguerite[8] épouse en 1891, à Saint-Josse-Ten-Noode, l’avocat Fernand Croquet, le fils du juge Frédéric Croquet et le frère de Georges Croquet, également avocat, industriel et futur sénateur libéral de Charleroi-Thuin de 1919 à 1936. Boëns quitte Charleroi pour Saint-Josse en 1892, avant d’y revenir et de repartir en 1898 à Saint-Gilles. Peu à peu, il se retire de la vie publique. Il meurt à Saint-Gilles, âgé de septante-trois ans, « après une courte et douloureuse maladie » comme l’indique le faire-part de décès, non sans avoir publié un dernier ouvrage, un manuel populaire contre l’alcoolisme.
La libérale Gazette de Charleroi lui rendra hommage en le présentant d’une façon colorée : « Charmant en société, il avait toujours à conter une foule d’histoires et de souvenirs personnels très gais, se gaussant de ses mésaventures politiques qui avaient été fort nombreuses »[9]. Pour Le Médecin : « Cette brillante intellectualité, ce cœur bon, généreux, charitable, nous est enlevé ; cette âme d’élite nous est ravie »[10]. Pour Art et Sport, un an avant sa mort : « Signe caractéristique : avec toutes les personnes, appartenant aux différentes classes de la société, il s’exprime avec un franc parler, un sans-façon spirituel et bonhomme qui lui concilie les sympathies surtout des humbles et des modestes »[11].
Premier de la bourgeoisie carolorégienne à sortir du conformisme imposé par un système économique et social injuste, Hubert Boëns ouvre les premières brèches dans le corps social où d’autres, plus hardis, se faufileront. En avance sur son époque, il est partisan de l’enseignement laïc, gratuit et obligatoire, du suffrage universel pour les hommes et les femmes et de l’interdiction du travail des femmes et des enfants. Si la lutte qu’il entreprend contre la vaccination fragilise son image, aux yeux de la plupart d’entre nous, ses travaux sur le subconscient nous le rendent extrêmement moderne. Les ruptures qui rythment sa vie publique montrent un personnage plein de contradictions et parfois antipathique. Proche du député libéral bruxellois Paul Janson, dont il partage un moment le combat politique, son questionnement intellectuel exigeant, ses investigations philosophiques l’éloignent de tout engagement entier et du Parti ouvrier belge.
Sources
Trois articles sont incontournables. Deux sur la facette médicale du personnage Hubert Boëns : Roger Darquenne, « Pour ou contre la vaccine. Vingt ans de débats passionnés (1865-1885) », dans Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, 98ᵉ volume, 1996, Mons, pp. 85-145 ; « Hubert Boëns et la Ligue universelle des antivaccinateurs », Jean-Luc Chappey, dans Pasteur et les antivax, Collection L’épreuve des faits, Editions Agone, 2025 (disponible en ligne : https://shs.cairn.info/pasteur-et-les-antivax–9782748905762-page-65?lang=fr). Le troisième article, cette fois sur ses facettes philosophiques et politiques : Jean-Louis De Laet, « Rationalisme et progressisme au Pays de Charleroi. Biographie du Docteur Hubert Boëns (1825-1898) », dans Documents et rapports de la Société royale d’archéologie et de paléontologie de Charleroi, Tome LX, 1986-1988, pp. 156-167. Un résumé de cet article (avec une liste des publications de Boëns et les sources utilisées) est disponible en ligne sur le site du Maitron, le dictionnaire du Mouvement ouvrier et du Mouvement social : https://maitron.fr/boens-hubert/. Enfin, une courte notice est également disponible sur le site de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers de Charles Fourier : https://charlesfourier.fr/spip.php?article2156
[1] Journal du Centre-Indépendance, 30 septembre 1967, qui reprend le contenu d’un article de l’hebdomadaire carolo Art et Sport du 28 février 1897.
[2] Les Hubeaux ou Hubaux sont une famille considérée de Marcinelle. Claude Hubaux, dernier bourgmestre libéral de Charleroi (1965-1976), en est issu.
[3] Séraphin Boëns est dit « maître fondeur de cuivre ».
[4] Au n°37, puis au 25.
[5] Jean-Luc Chappey, Pasteur et les antivax, Collection « L’épreuve des faits », Éditions Agone, 2025, p. 65.
[6] Le Médecin, 25 décembre 1898.
[7] Art et Sport, 28 février 1897, cité par Émile Lempereur dans Le Journal du Centre-Indépendance du 30 septembre 1967.
[8] https://gw.geneanet.org/boens23 ?
[9] La Gazette de Charleroi, 23 décembre 1898.
[10] Le Médecin, 25 décembre 1898.
[11] Art et Sport, 28 février 1898.
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