La Belgique, pays de mission
Patrice Dartevelle
Dans un précédent article[1] consacré à la non-nomination d’évêque dans plusieurs sièges épiscopaux belges, Tournai et Namur, je n’avais pas manqué d’égratigner l’Église et son représentant en Belgique, le nonce Mgr Francisco Coppola, hautain et cinglant à l’égard des anciens évêques et de tous les prêtres belges, même si bien sûr, je vois sans doute, dans ces propos, une reconnaissance de l’influence et de la victoire des « laïques » belges. Mais ne nous illusionnons pas : les grands vainqueurs de la sécularisation sont les « consuméristes ».
Deux nominations
Voilà que début octobre, le pape a finalement nommé deux nouveaux évêques, pour Tournai et Namur.
Le contexte de leur nomination a de quoi sidérer le plus modeste des directeurs des ressources humaines. Sans avertissement, sans contact préalable, le Vatican a contacté les élus le 28 ou le 30 septembre 2025. Dans la plupart des firmes et des administrations, le management est devenu le maître-mot. Ici il n’y a pas de danger, on est dans un amateurisme bien oublié ailleurs.
Les deux nouveaux évêques ont une incontestable valeur missionnaire, surtout le futur évêque de Tournai. C’était le souhait du nonce apostolique et il est entré en application. D’une certaine manière, c’est une forme d’aveu et de prise de conscience.
Encore faudrait-il voir quel est le programme de réévangélisaton. Ce ne serait pas le premier programme de ce type en Europe.
L’autorité épiscopale n’y était pas pour grand-chose – si ce n’est l’invitation à faire ce travail venant du Cardinal Suhard, archevêque de Paris – mais, en 1943, le volume France, pays de mission d’Henri Godin et Yvan Daniel a fait date. Avec sa réédition en 1962, il a été vendu à 140 000 exemplaires.
Si sa première partie est un constat, assez réaliste, du retrait des ouvriers vis-à-vis de l’Église, la seconde est parfaitement consternante. Que veulent vraiment les auteurs dans leur activité missionnaire (qui s’inscrit dans une action dite Mission de France) ? Ils ne parlent pratiquement que de sexualité et de son contrôle, avec une véritable obsession : les relations sexuelles préconjugales, qui constituent, à leurs yeux le sommet de l’abomination et de l’irréligion.
Ils ont complètement échoué parce que l’Église, si elle veut se maintenir, doit au contraire jeter par-dessus bord sa théologie traditionnelle de la sexualité, limitée à la sexualité dans le cadre du mariage et en vue de la procréation.
Une récente étude menée par l’Université d’Anvers relève que la moitié des Belges reconnaît avoir vécu une expérience non monogame[2]. Le décalage de l’Église par rapport à la société est impressionnant.
Interrogés par Dimanche dans son numéro du 12 octobre, les nouveaux évêques sont totalement muets sur un programme et disent l’un comme l’autre qu’il faudra qu’on leur apprenne leur métier. Mensonge ou désarroi ?
Frédéric Rossignol et Fabien Lejeusne
Prenons-les séparément.
Frédéric Rossignol, le nouvel évêque de Tournai, était au pèlerinage de Medjugorge quand on l’a contacté. C’est certes un prêtre catholique, mais on ne trouverait certainement pas dans cette piété mariale le moindre signe positif. Medjugorge, c’est le culte de la virginité poussé jusqu’à la caricature. Comme missionnaire, il a passé seize ans au Vietnam. Il déclare que, dans un pays communiste, « l’engagement ecclésial était forcément limité ». Il avoue lui-même que, par rapport à l’aspect institutionnel du métier d’évêque, il se sent démuni et qu’« en termes de compétence je ne me sens pas quelqu’un de très qualifié ». Non sans candeur, il explique que si on est venu chercher un religieux « régulier », c’est devant le très petit nombre de prêtres « séculiers ». Il est proche des Focolari, un groupe international de catholiques modérés. Ils sont contre le « mariage pour tous » mais admettent que leurs membres aient d’autres idées.
Il semble de bon ton, dans ces milieux, de faire le modeste, comme le fait Frédéric Rossignol, mais après les propos du nonce Coppola, on se demande s’il a bien compris.
Fabien Lejeusne, le nouvel évêque de Namur, a un profil moins conventionnel. Il n’a été baptisé qu’à 18 ans. Il a commencé par des études de menuiserie et de restauration en bâtiment, cette dernière à l’Athénée royal de Péruwelz.
Il appartient à l’ordre des Augustins de l’Assomption, un ordre de 600 religieux à l’activité diverse tant dans beaucoup de pays que dans beaucoup de domaines. Ils sont par exemple propriétaires (à 97 % d’après le colophon) du journal La Croix. Ils ne sont pas à l’extrême-droite catholique, contrairement à beaucoup de prêtres américains, qui ne mégotent pas sur leur soutien à Donald Trump.
L’ordre des assomptionnistes est un ordre missionnaire et Fabien Lejeune était provincial d’une « région » de 19 pays en Europe, Afrique et Asie, ce qui peut être de meilleur augure pour un futur évêque.
Il a (heureusement !) complété sa formation initiale par une formation en théologie au Séminaire de Lille. Comme son ordre (et comme J.D. Vance), il se réclame de Saint Augustin et apprécie le charisme des assomptionnistes.
Rien d’exaltant dans ces choix, à moins qu’un programme bien caché n’existe et les nouveaux évêques ne me paraissent pas avoir plus de qualité que la plupart des évêques actuels en place pour intervenir dans la société. Avez-vous déjà entendu parler du nouvel archevêque de Malines-Bruxelles, nommé en juin 2023 ?
[1] Voir Newsletter N° 49 de l’Association Belge des Athées (www.athées.net) mise en ligne le 11 juillet 2025 sous le titre « Un nonce venu des Pouilles ».
[2] Le Soir du 3 novembre 2025.
Post a Comment
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.