Mourir aujourd’hui en France parce qu’on est athée, c’est possible
Par Patrice Dartevelle
L’oubli aidant, on imagine qu’en Europe occidentale, nul athée ne risque plus la mort aujourd’hui. En réalité, il suffit de se souvenir de l’assassinat des caricaturistes de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 pour revenir sur terre. Ce sont bien des athées blasphémateurs que les frères Kouachi cherchaient — et ont réussi — à assassiner. C’est un cas typique d’intolérance fanatique de la part de religieux, des intégristes musulmans.
Mais voici qu’un autre cas est mis au jour, celui de l’assassinat du militant nationaliste corse Yvan Colonna, tué dans le confinement d’une prison française. Jugé coupable de l’assassinat le 16 février 1998 du préfet de Corse, Claude Érignac, Yvan Colonna a été condamné en 2011 à la prison à perpétuité, après quatre années de fuite et une procédure judiciaire exceptionnellement longue — trois procès et un recours à la Cour européenne de Strasbourg. L’assassinat du préfet de Corse est un crime grave contre le représentant de la République en Corse. C’est un échantillon écurant de la manière dont fonctionnent nombre d’indépendantistes corses, heureusement encore loin du bilan des indépendantistes basques — 900 assassinats. Je ne me sens guère capable de pitié pour Yvan Colonna. Qu’il soit athée ne me suffit pas.
Mais voilà que le 2 mars 2022, Yvan Colonna est assassiné au sein de la prison d’Arles, où il purgeait sa peine. L’assassin est un codtenu de la victime, un Franco-Camerounais, Franck Elong Abé, converti à l’islam, engagé sur le terrain auprès des talibans en Afghanistan. Il était connu comme particulièrement violent.
Pourquoi ce meurtre ? Les magistrats instructeurs en ont établi le motif et l’accusé n’a rien contesté. Il a reconnu être obssédé par un mécréant, coupable de blasphème à ses yeux. Le déclencheur est une conversation, les jours précédant le crime, avec Colonna, lors de laquelle le Corse lui a dit qu’il était athée et ne croyait pas en Dieu.
Le 22 avril 2026, les magistrats instructeurs ont renvoyé l’assassin devant les assises, ce qui entraînera un procès dans un délai d’un an. Je suis jusqu’ici l’article de Paul Ortoli dans Le Monde du 19 avril 2026. C’est le premier article que j’ai lu parlant des motifs de l’assassinat.
L’acte a été particulièrement horrible. Franck Elong Abé a étranglé et étouffé sa victime pendant huit minutes et l’a laissée pour morte. Yvan Colonna est resté ensuite 19 jours dans le coma avant de mourir.
Comme pour Charlie Hebdo, la faute incombe à l’islamisme. Il est vain de chercher quelque excuse — même si l’assassin semble avoir agi seul, sans avoir reçu de commandement direct de qui que ce soit. L’administration de la prison a manifestement manqué de vigilance — l’assassin était autorisé à circuler librement dans la prison. Gérer des prisonniers condamnés à de très longues peines n’est certes pas simple, mais la naïveté est ici manifeste. Deux enseignants français ont été assassinés par des islamistes ces dernières années. L’important me semble de ne pas dissimuler une pareille affaire et d’en tenir compte.
Un événement récent et significatif permet de mesurer la situation et ses enjeux. La Belgique s’apprête à libérer Mohamed Bakkali, le logisticien belge des attentats de Paris — 132 morts au Bataclan —, condamné en France, mais renvoyé en Belgique pour purger sa peine. En Belgique, le tribunal de l’application des peines de Bruxelles lui a accordé six congés pénitentiaires de 36 heures chacun, pour commencer. En France, il n’aurait pas été libérable avant 2035 (Le Monde du 23/5/2026, avec une page entière et un appel en première page). Le scandale est considérable en France. Le parquet français a protesté. Nul doute que le tribunal belge a respecté la loi, mais sa décision paraît marquée d’un certain angélisme.
Les attentats individuels contre les blasphémateurs sont nombreux en Europe, qu’ils viennent d’opérateurs internes ou externes. Pour cette dernière hypothèse, il faut voir que l’état islamique est certes réduit, mais occupe encore une partie de la Syrie. Dans les deux cas, ce n’est pas le sort de Gaza qui va calmer les esprits.
Nous verrons bien, mais il reste que maintenant les athées, surtout ceux qui s’affichent comme tels, doivent le savoir — le malheur peut leur arriver sans qu’il soit question de blasphème. Mieux vaut en tenir compte.
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