Le « petit cercueil » de l’Amsab-ISH
Donald Weber
Amsab-ISH
La question de l’enterrement civil, sans passer par un prêtre, constitue un élément décisif de la création et de l’activité des associations qu’aujourd’hui nous appelons « laïques » ou, pour ne pas être anachroniques « de libre-pensée ». La première de ces associations, L’Affranchissement, est créée en 1854. Sa première tâche est de veiller aux funérailles civiles de ses membres, de leur épouse et de leurs enfants, contre une contribution mensuelle minime. Pour en savoir plus, nous renvoyons par exemple à Christoph De Spiegeleer, « La lutte autour du développement d’une culture funéraire laïque en Belgique au XIXᵉ siècle », in Patrice Dartevelle (dir.), Mourir sans Dieu, ABA Éditions, Études athées, n°8, 2021, pp 65-98, spécialement p. 76. (NdR).
Dans le dépôt de l’Amsab-Institut d’Histoire Sociale à Wondelgem, sur une étagère oubliée, repose un objet mystérieux et plutôt macabre : une structure en bois en forme de petit cercueil. Un cercueil minuscule, à peine un demi-mètre de long. On peut le voir dans la collection du site web de l’institut.1 Difficile de le regarder sans avoir un frisson.
Mais le plus étrange reste à venir. Lorsqu’on ouvre le cercueil et qu’on regarde à l’intérieur, on découvre une surprise. Ce trésor ne contient pas de restes humains (heureusement), mais une pile de papiers pliés et légèrement jaunis.
Moi, Francis, ouvrier d’usine, né à Gand le 22 janvier 1846, exprime par la présente mon souhait d’être inhumé, sans cérémonie religieuse d’aucune sorte, au cimetière municipal situé à l’extérieur de l’ancienne porte de Bruges.
Ces lettres – des testaments, en réalité – témoignent d’un passé douloureux. Au XIXᵉ siècle, alors que la population commençait à se détourner de la pensée religieuse, la pression de l’Église, de la société, et même de la famille, pour imposer à des incroyants des funérailles religieuses, était immense. De son vivant, un libre-penseur pouvait encore défendre ses convictions, mais après sa mort, sa famille optait souvent pour des funérailles catholiques. Pour éviter cela, les libres-penseurs exprimaient leurs dernières volontés par écrit, et en déposaient une copie auprès de la Vrijdenkersbond (Ligue des libres-penseurs) socialiste de Gand.
C’est cette ligue qui fit fabriquer le coffret. Les testaments y étaient conservés. Lors de manifestations ou de cérémonies publiques, les membres portaient ce coffret, qui constituait ainsi une forme de publicité pour le moins macabre. L’Amsab-ISH conserve de nombreux autres témoignages d’un passé sombre, traces de la lutte parfois désespérée de gens ordinaires pour défendre leur identité et obtenir le respect de leurs convictions, comme les archives de la Ligue des libres-penseurs socialistes de Gand.2
1. « Sanctuaire contenant le testament de la Ligue des libres-penseurs socialistes de Gand, 1888-1904 », Amsab-Institut d’Histoire Sociale, consulté le 8 janvier 2026, https://hdl.handle.net/10796/b2e2676c-21c8-42cf-ae17-132215e1f91b.
2. Isabelle Crombé, Stortingslijst van het archief van de Socialistische Vrijdenkersbond Gent (1880-1934, 1945, 1959-1960, 1978)(Amsab-Institut d’Histoire Sociale, 1990), https://hdl.handle.net/10796/132C9B15-9817-4672-A130-1CFAA0600482. Voir aussi Paule Verbruggen, « Deelalternatieven voor de traditionele godsdienstbeleving in het Gentse socialisme (1870-1914) » (mémoire de master en histoire, Université de Gand, 1982).
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